Plantes à parfums, quelques notions d'extraction par le Groupe Floriculture

AUXERRE. Mardi 11 décembre 2012.

 

Une bonne quinzaine de personnes se sont retrouvées au Centre de Documentation, pour suivre l'exposé sur les techniques d'extraction des parfums.

 

Je tiens à souligner qu'il s'agit d'un travail d'équipe, car Christine Lehmann, Monique Damy et moi-même, avons reçu non seulement le soutien de nos conjoints, mais aussi d'Anne, la fille de Christine, qui a préparé la présentation avec Power Point. Vraiment un plus !

Alors que la conférence nous a fait voyager dans des régions parfois très lointaines, Françoise Huré nous a ramenés dans l'Yonne. En effet, Françoise a apporté des sommités de "lavande" produite dans l'Yonne et a procédé à une démonstration d'extraction par la vapeur d'eau à l'aide d'une maquette fonctionnelle. Les fleurs, juste défleuries, sont récoltées avec environ 15 cm de tige, puis séchées, avant d'être  distillées. Non seulement, nous avons pu observer les deux phases du condensat, mais aussi apprécier les effluves de lavandes qui ont empli la bibliothèque.
© Gérard Germain.


Le résumé (document distribué lors de la conférence) ci-après a été rédigé par Christine Lehmann, Monique Damy et Gérard Germain.
 

 

 

Pourquoi, quand on parle de parfums, la plupart d'entre-nous montrent une attention particulière ?

Parce que les Parfums évoquent le raffinement, le luxe, le rare et le précieux, la mode, l'éphémère et la fidélité (Chanel N°5 a 90 ans !) ;

Parce qu'en démarrant la journée en se parfumant la vie paraît plus belle ;

Parce que les Parfums sont synonymes de fidélité, sensualité, et plus prosaïquement de propreté, d'hygiène, de « sens-bon » ;

Parce que les Parfums n'existeraient pas s'il n'y avaient toutes ces plantes à parfums et autres matières premières dont le nom est bien connu (jasmin, rose, cèdre, géranium...) ou le plus souvent évocateur, mais bien incertain (Patchouli, santal, ...)

Quelques exemples de composition

Chaque fragrance est élaborée à partir de composants : alcool à haut degré, eau, 30 % de mélange de substances aromatiques.

Aujourd'hui, les professionnels ont à disposition 3.000 composants synthétiques et 400 composants naturels.

Un produit fini comporte en moyenne entre 30 et 80 composants.

Les composants rappellent l'odeur de différents éléments naturels : fleurs, fruits, épices, feuilles, herbe, mousse, bois, écorces, résines, baies, complétés par 4 sécrétions d'origine animale : civette, ambre gris, musc, castoreum, (tous synthétisés pour la protection des espèces) et des notes gourmandes : chocolat, caramel, barbe à papa, miel, lait, amande. Les notes dites gourmandes ont été  intégrées récemment.

 

4711 Echt Kölnish Wasser de Mühlens (1792) : bergamote, citron, orange, petit grain, néroli, romarin, rose, musc (4711 car c'était le numéro de la maison)

Soir de Paris de Bourgeois (1863) : violette, estragon, cyclamen, lilas, iris, oeillet, rose, clou de girofle, tilleul, encens, héliotrope, benjoin

L'Air du Temps de Nina Ricci (1948) : bois de rose, néroli, bergamote, lys, rose de mai, vétiver, benjoin

Eau de Rochas (1970) : bergamote, basilic, jasmin, patchouli, ambre

Trésor de Lancôme (1990) : mûre, melon, rose pêche puis magnolia, cyclamen, sauge, bois de santal et vanille

Angel Thierry Mugler (1992) : pomme, pèche, fruits exotiques, gaufre, miel, vanille, chocolat, caramel.

Les grandes dates de l’évolution des techniques d’extraction des parfums

C’est en Orient qu’il faut rechercher les traces les plus anciennes de parfums

- 3.500 ans avant J.-C.

Des vases retrouvés à Tépé Gawra (haute vallée du Tigre) nous font penser que la distillation était déjà utilisée.

Un autre pot, datant du 3èmemillénaire avant J.-C., a été retrouvé au Pakistan. Il présente un couvercle conique muni d’un tuyau horizontal aboutissant à une bassine (probablement pleine d’eau), il s’agit vraisemblablement d’un alambic.

A cette époque, on trouve des traces de négoce prouvant que non seulement des matières premières locales étaient utilisées, mais que de nombreuses autres étaient importées. Le négoce était aux mains d’une puissante corporation dirigée par les tamkaru aidés de commis : les shamallu.

- Au 2e millénaire avant J.-C.

Les Mésopotamiens semblaient connaître les différentes techniques d’extraction des huiles. La présence de meules de pierre et de « décantoirs » atteste que le procédé d’extraction était connu. Des textes indiquent que la macération dans l’eau et dans l’huile était utilisée pour la fabrication de parfums.

- Au XIe siècle

Salerne (près de Naples) devientle point de rencontre des cultures grecque, romaine, arabe et juive. La première université de médecine s’y installe. Santé et parfums furent longtemps associés.

- Au XIIe siècle

Avec les Croisades et les explorations l’usage des parfums se développe en Occident. C’est Salernus (1130-1160), physicien à Salerne, qui fait état pour la première fois de la distillation de l’alcool. L’alcool, neutre et volatil, va remplacer l’huile comme excipient.

Pour le royaume de France, c’est Montpellier qui devient l’université de référence.

- Au XIIIe siècle

Raymond Lulle lors de ses séjours à Montpellier, découvrit la rectification ou multiplication des distillations qui permet d’obtenir des substances beaucoup plus pures.

- Au XIVe siècle, soit deux siècles après la découverte de Salernus, l’utilisation d’un mélange d’alcool et d’huiles essentielles prend son essor. Le premier parfum de ce type serait « L’eau de la reine de Hongrie » (vers1370), obtenu par distillation de fleurs de romarin et d’eau de vie suivi de peu par « L’eau des Carmes » (vers 1379). Le serpentin est mentionné pour la première fois par Thaddée le Florentin (décédé en 1303), puis Michel Savonarole (1384-1462), en fait une description précise et l’appelle serpent ou vitis.

 

C’est au cours des siècles suivants que des savants, notamment Jean Battista Della Porta (1537-1615), comprirent qu’il fallait ralentir le chauffage de l’alambic pour préserver la qualité des essences. Le bain-marie, le bain de sable, le fumier de cheval, le miroir d’acier pour capter la chaleur solaire furent utilisés.

- A la Renaissance

Léonard de Vinci (1452-1519) proposait de mettre n’importe quelle plante dans de l’eau de vie pour conserver et capter son essence (extraction par macération avec un solvant). Il s’agit d’une technique novatrice qui ne sera utilisée que beaucoup plus tard.

C’est aussi à cette époque que l’on découvritque le distillat contenait une partie aqueuse et une partie non miscible à l’eau (essence).

L’essence de rose aurait été découverte en Inde par une favorite du Grand Moghol Djihanguir (vers 1600) qui, après avoir fait remplir un canal d’eau de rose, appelée aussi « eau divine », avait remarqué une pellicule huileuse en surface (huile essentielle de rose).

Dans cette même période, l’enfleurage a été amélioré en alternant des couches successives d’amandes pilées et de fleurs.

- Au XVIIe siècle

Colbert, considérant que la parfumerie française pouvait devenir une industrie nationale importante, favorisera son essor par diverses ordonnances. Les parfumeurs de Montpellier devinrent célèbres dans tout le royaume car la composition de leurs fabrications était beaucoup plus élaborée que celles de Paris. Leur réputation franchit les frontières et un commerce actif avec l’étranger commença. C’est à cette époque que la culture des fleurs à parfum se développa dans la région de Grasse, notamment en raison de la vogue des gants parfumés (jusqu’alors, Grasse était surtout réputé pour ses tanneries).

- Au XVIIIe siècle

A la fin de son règne, Louis XIV ne supportait plus les parfums et leur utilisation déclina provisoirement. Dès le début de la Régence, leur utilisation reprit de plus belle avec une évolution vers des produits plus raffinés utilisant des notes florales. La parfumerie de Montpellier déclina alors et celle de Grasse la supplanta. Peu avant la révolution de 1789, les gantiers parfumeurs disparurent de Grasse au profit des seuls parfumeurs.

- Au XIXe siècle

L’enfleurage fit des progrès importants. Les fleurs de jasmin, de tubéreuse furent traitées selon ce procédé et Grasse en obtint le monopole.

Robiquet en 1835 traita la jonquille par l’éther, puis par l’éther de pétrole ou par l’hexane. C’est le parfumeur grassois Louis Roure qui industrialisa ce procédé en 1870.

En 1837, Liébig synthétisa l’aldéhyde benzoïque à l’odeur d’amande amère qui marqua les débuts des produits de synthèse. Le premier parfum à base de produit de synthèse (Fougère royale ) fut réalisé par Paul Parquet, en 1882. Il contient de la coumarine à odeur de foin et de tabac.

- Au XXème siècle

Les parfumeurs dispose d’une palette de bases très élargie.

Les méthodes d'extraction

Qui n'a pas essayé, même sans être parfumeur, de conserver une senteur agréable rencontrée dans la nature ?

Les fleurs de lavande séchées, mises en sachet ou dans un coussin, l'odeur de coings bien mûr qui parfument la voiture pendant leur transport avant la mise en gelée, les feuilles de menthe pour le thé ou la tisane, le basilic et les herbes aromatiques pour la cuisine !

La production des parfums utilise deux groupes de techniques, d'une part l'extraction des arômes naturels, d'autre part la reproduction ou l'invention, par chimie, de composants artificiels. Nous n'aborderons que le premier !

1. - L'extraction par séchage

La technique la plus simple, la plus artisanale comme les sachets de lavande.

Mais pour extraire les précieuses huiles essentielles, il a fallu inventer d'autres techniques plus complexes, différentes suivant le composant aromatique à extraire et la provenance des ingrédients naturels : écorces, fleurs, fruits...

2. - La distillation par la vapeur ou hydrodistillation

Fleurs traitées : lavande, vétiver, fleur de géranium, sauge, basilic.

La distillation est communément utilisée, l'une des techniques les plus efficaces, « rentables ». Elle permet de traiter de grandes quantités de matières premières sur site, en peu de temps. Elle est toujours utilisée à Grasse.

La plante est broyée, puis soumise dans un alambic à la vapeur. Les composants olfactifs volatiles se mélangent à la vapeur. Ils sont entrainés vers un col de cygne. Les vapeurs passent ensuite dans un serpentin ou réfrigérant, refroidit par un circuit d'eau froide, où elles se condensent. Une émulsion eau-huiles essentielles est récupérée en ballons ou essenciers. Par décantation, les éléments insolubles, les huiles, plus légers, remontent à la surface et sont récupérés.

Monique Damy ajoute que, pour avoir vu pratiquer ce travail dans les champs de lavande où elle habitait, les lavandes coupées n'étaient pas mises directement dans  la marmite, mais déjà très bien séchées sous hangar et retournées longuement à l'abri de l'humidité.

3. - L'enfleurage à froid

Fleurs traitées : Jasmin

C'est une technique utilisée pendant des siècles, mais plus à ce jour, car pas rentable, elle nécessite une main-d'œuvre importante. L'écrivain Patrick Süskind a largement décrit ce procédé dans son roman Le Parfum.

Sachant que la graisse absorbe les odeurs, on utilisait de la graisse inodore étalée sur des plaques de céramique, remplacées au début du XIXesiècle par des plaques de verre insérées dans un cadre en bois.

Les pétales de fleurs sont posés manuellement dans la graisse, pressés pendant quelques jours puis renouvelés jusqu'à ce que la graisse soit imprégnée et saturée d'odeurs (trois mois). Trois kilos de fleurs sont déposés et traités successivement dans un kilo de graisse, libérant ainsi leurs parfums.

Une fois la graisse parfumée récupérée, elle est fondue, puis décantée. Les éléments odorants sont séparés du corps gras par l'alcool qui joue le rôle de solvant. Le mélange est filtré et on obtient l'ABSOLUE.

4. -L'enfleurage à chaud

Fleurs traitées : rose, violette

Pratique déjà connue des Égyptiens et des Grecs anciens, utilisée à Grasse.

La graisse est chauffée au bain-marie. Les fleurs y sont jetées, remuées pendant 2 heures. Le lendemain, les fleurs sont retirées et remplacées par des fraîches. L'opération est renouvelée dix fois. La graisse est ensuite filtrée. On obtient une pâte parfumée appelée POMMADE. La pommade est ensuite traitée comme pour l'enfleurage à froid.

5. - L'extraction par solvant volatile

Fleurs traitées : rose, mimosa, narcisse.

La technique est plus récente, peu agressive, car pas de haute température, fait appel à la chimie des solvants.

Au XIXèmesiècle, une nouvelle méthode est mise au point pour remplacer l'hydrodistillation. Cette dernière ne donne pas de résultats satisfaisants. Les éléments odorants sont libérés en utilisant différents solvants volatils. Ces derniers doivent toutefois ne pas altérer les éléments à extraire ! L'hexane possède un grand pouvoir de solubilisation, il est facilement éliminé car il est très volatile. Dans un récipient fermé, l'extracteur, les végétaux sont « lavés » plusieurs fois par un solvant. Après décantation, puis concentration, une distillation s'effectue. D'un côté, sont récupérés les molécules odorantes, cires et pigments, de l'autre, le solvant.

Selon la nature des végétaux, on obtient :

le résinoïde (baumes, gommes et résines) employés en l'état

la CONCRETE, pâte solide, ressemblant à de la cire, obtenue par évaporation. La concrète est lavée à l'alcool. Ce mélange est filtré pour séparer cires et pigments. L'alcool « nettoyé » est glacé pour éliminer les dernières traces de cire. Une distillation élimine l'alcool, et il reste l'ABSOLUE, matière précieuse, de grande qualité, coûteuse car le rendement d'obtention est faible !

 

L'extraction au dioxyde de carbone

Nouveau procédé qui utilise une propriété du CO2 à une température supérieure à 30° et sous pression. Dans cet état, le CO2dissout de nombreux composés de tissus vivants sans laisser de traces de produits indésirables comme les solvants.

6. - L'expression à froid

Plantes traitées : bergamote, citron, mandarine...

Cette technique douce concerne les Hespérides, essences d'agrumes contenues dans les zestes. Ces derniers ne supportent pas la distillation, la structure de leurs huiles essentielles se modifie par la température de la vapeur.

Les écorces des fruits, naturellement riches en huiles essentielles, subissent une pression mécanique à froid. Après centrifugation, l'huile essentielle est séparée du jus de fruit.

Petit mémo physiologique sur la perception olfactive

L'individu peut distinguer pratiquement 10.000 odeurs différentes, qu'il a appris à reconnaître depuis sa naissance et pendant toute sa vie ! La première est l'odeur de la mère !

Le nez comporte trois muqueuses nasales. Sur la plus haute, l'épithélium olfactif, 100 millions de cellules occupent un espace de 5 cm2. Les particules d'odeur viennent se « coller » sur ce tout petit espace ! Les cellules se régénèrent tous les 60 jours. Elles sont reliées au cerveau par un nerf.

Des capteurs, appelés cellules mittrales, décodent et transmettent l'information au cerveau, dans deux directions, le cortex et le système limbique. Le cortex nous permet de donner un nom à l'odeur par reconnaissance. Le système limbique est le siège des émotions. C'est là que sera décidé si, en fonction de son odeur, une personne est considérée comme avenante !

L'odorat, ça se travaille !

Comme une gymnastique, il existe quelques exercices simples pour travailler son odorat, pour stimuler la régénérescence des cellules des narines, de perfectionner son goût :

renifler systématiquement tout ce qui nous entoure : au jardin, au marché, en campagne,

choisir un aliment (fruit), le sentir plusieurs fois dans la journée, et le déguster en cherchant à analyser les différentes sensations qu'il laisse (en plus du sucré, salé, acide, amer, …)

avant de boire un verre (vin ou autre boisson !), renifler les arômes développés dans le verre, chauffer et recommencer,

le faire yeux ouverts et fermés.

Glossaire

Absolue : les essences absolues sont obtenues à partir de concrètes ou de résinoïdes

Alambic : appareil utilisé pour la distillation composé d'une cuve, d'un col de cygne, et d'un condenseur

Baume : substance résineuse et odorante que secrètent certains végétaux

Concrète : produit solide ou semi-solide obtenu en distillant des matières parfumées naturelles par des solvants volatiles

Eau de rose : eau qui a servi à la distillation de la fleur de rose

Essence : synonyme d'huile essentielle

Famille : les parfums ont été classés par les professionnels en sept familles différenciées : les héspéridés, les floraux, les fougères, les chyprès, les boisés, les ambrés, les cuirs

Mouillette : lamelle de papier absorbant utilisée pour tester les parfums en très petite quantité

Olfactif : olfaction ou odorat, sens permettant d'identifier les odeurs. Le marketing olfactif est une technique visant à inciter, par les odeurs, les consommateurs à acheter (odeur de croissant dans le métro près d'une vente de viennoiserie)

Patchouli (Pogostemon cablin) est une plante tropicale de la famille des lamiacées

Pyramide olfactive : éventail de la volatilité des parfums classé en « notes de tête » légères (hespéridés), « notes de cœur » plus voluptueuses (florales), « notes de fond » plus tenaces (animales ou épicées)

Résinoïdes : produit résineux obtenu par le traitement aux solvants volatils de certains baumes, gommes, résines ou parties sèches de produits naturels

  

 

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