Mai 2011 Nancy, à la découverte de Victor Lemoine

Voyage à Nancy

 
Au mois de mai 2011, la S.H.Y. a organisé un voyage à Nancy, à l’occasion du 100e anniversaire du décès de Victor Lemoine (1823-1911), illustre horticulteur nancéen.
Quatre articles illustrent ce séjour exceptionnel :
- Victor Lemoine : sur les pas de Victor Lemoine
- Victor Lemoine : une sommité française de l’horticulture
- Victor Lemoine : son environnement (l’Art Nouveau et l’Ecole de Nancy)
- Victor Lemoine : à propos des lilas (créateur de 214 variétés de lilas)
une belle façon de rendre hommage à cet horticulteur, célèbre encore aujourd’hui dans le monde entier, mais oublié des Français.
Sur les pas de Victor Lemoine (1823-1911) 
Six heures du matin, lundi 16 mai, 42 fidèles se regroupent au rendez-vous habituel, sous la houlette de Michel, l’homme-au-chapeau-au-papillon. Départ pour Nancy.
Notre première visite est pour le Conservatoire des Jardins Botaniques du Montet. Nous y retrouvons Jean-François Gonot qui nous guide dans cet endroit, extraordinaire par la richesse et la diversité de 15 collections thématiques, regroupant 16.000 espèces végétales.
Nous nous arrêtons plus particulièrement sur les collections Lemoine de pivoines, deutzias, seringats, encore bien fleuries. Les 27 hectares de ce jardin méritent évidemment qu’on leur consacre beaucoup plus de temps.
Avant de gagner notre hôtel, nous visitons l’ensemble XVIIIème siècle du centre de Nancy : place Stanislas, de la Carrière et d’alliance.
Le deuxième jour est très riche en découvertes. Tout d’abord le magnifique parc entourant la demeure de la Franche-Moitresse. Sous le frêne panaché centenaire, le jardinier évoque l’historique du jardin et nous guide pour admirer l’harmonie des floraisons, la densité des végétations, les plantes rares.
Le parc de la Demeure de la Franche-Moitresse.
 
Après une razzia chez « Les Soeurs Macarons », nous déjeunons dans une brasserie mythique de Nancy, "L’Excelsior" qui nous offre un florilège de l’Art Nouveau dans le décor, et de la cuisine lorraine traditionnelle dans nos assiettes.
Très courte sieste dans le car, et nous rejoignons la pépinière du Jardin d’Adoué. Monique Chevry nous explique le travail qu’elle a effectué pour retrouver les obtentions Lemoine et chacun repart avec plusieurs de ses trésors.
Au centre ville, nous retrouvons Pierre Valck et Pierre Didierjean qui nous guident vers les serres municipales de la ville de Nancy, en nous exposant la politique de la ville qui veut offrir à chaque habitant un espace vert, à 10 minutes maximum à pied de chez lui.
Puis, Pierre Didierjean a la merveilleuse idée pour nos pieds fatigués de nous proposer une visite en car des projets en cours dans les différents quartiers. Nancy qui cultive son héritage horticole, place le végétal au centre du projet de rénovation urbaine : concertation avec les usagers des espaces verts, avec les enfants pour leurs aires de jeux, réinvestissement des bords de Meurthe, chemins numériques de l’arbre, jardins partagés, etc.
Le dîner est suivi d’une conférence de Pierre Valck sur "les horticulteurs lorrains du XIXème siècle", très documentée et très instructive pour remettre nos visites dans leur perspective historique.
Nancy, une des fontaines de la place Stanislas.
 
Mercredi matin est consacré au Musée de l’Ecole de Nancy où nous admirons des œuvres de Gallé, Majorelle, Daum, entre autres artistes. Le jardin propose de nombreuses créations de Félix Crousse et Victor Lemoine, hortensias, pivoines, lilas, fuchsias, dans un cadre restituant l’atmosphère de début du siècle, avec graminées et ombellifères associées particulièrement à l’Ecole de Nancy.
Après ces émotions artistiques, succulent déjeuner au "Relais vosgien" dans un charmant village d’où chacun repart avec des cartons de Gris de Toul. Dernière halte au Lycée Agricole de Roville-aux-Chênes où M. Pourchet nous attend avec quelques élèves pour nous montrer les serres de reproduction et expliquer leur travail.
Une belle exposition hommage à Victor Lemoine est visible, avec une centaine de variétés Lemoine à la vente... deutzias, seringats, hortensias, lilas, prennent encore le chemin de la soute !
Ce premier voyage, organisé par le groupe Floriculture, a combiné visites de jardins et de musées, sans oublier gastronomie et histoire de la ville, ce qui a été particulièrement apprécié des participants.
© Anny Marsac.

Victor Lemoine (1823-1911)… une sommité française de l'horticulture !

En 2011, Centenaire de sa mort, le groupe Floriculture de la S.H.Y. tient à rendre hommage à cet horticulteur génial, célèbre encore aujourd’hui dans le monde entier, mais oublié des Français.

Années de jeunesse

Victor Lemoine est né en 1823 dans une dynastie de jardiniers.

Si sa famille lui a transmis l’amour des plantes, il a ressenti rapidement le désir de donner une dimension nouvelle à son métier de jardinier. Il fait son apprentissage chez plusieurs pépiniéristes de renom :

- Les frères Baumann, à Bollwiller, en Alsace (techniques de multiplication),

- Louis Van Houtte, à Gand, en Belgique, de réputation internationale, chef d’entreprise moderne en relation avec des explorateurs du monde entier.

 

Pivoine "Paeonia Lactiflora Mlle Dubuisson" au Jardin botanique de Nancy.

Débuts à Nancy

En 1849, Victor Lemoine s’installe à Nancy. Dès ses débuts, il applique les techniques d’hybridation apprises pendant son apprentissage. Il est le premier à commercialiser des variétés à fleurs doubles, très appréciées à son époque :

Pourpier en 1852, Potentille en 1854, Streptocarpus et Fuchsia ‘Solférino’ en 1859, Pelargonium ‘Gloire de Nancy’ en 1866, d’où sont issues toutes les variétés commercialisées à ce jour. Il travaille également sur les Clématites, puis les Bégonias, qui lui apporteront la célébrité.

Pépiniériste de renom

Pour alimenter ses collections, il a introduit plus d’une centaine de plantes exotiques, depuis Fuchsia boliviana en 1875, jusqu’à Hydrangea arborescens ‘Grandiflora’ en 1907.

Plus de 5.000 créations, dont beaucoup demeurent des références non dépassées, seront commercialisées par la maison Lemoine. Les Lilas méritent une place d’honneur avec 214 cultivars. Les Hydrangeas, Seringats, Glaïeuls, Fuchsias, avec un nombre record d’obtentions jamais dépassé de 450, Weigelias, Deutzias, Delphiniums, Ceanothes, Crocosmias, Heucheras, Primulas, Phlox, Sauges, Chrysanthèmes sont les principales espèces qu’il a travaillées. Nous présenterons, plus en détail, les cultivars créés et ceux encore commercialisés lors de l’exposition mise en place lors de notre Assemblée Générale, à Saint-Georges-sur-Baulche, le 6 mars. Le voyage à Nancy nous les fera découvrir sur le terrain.

L’hybridation au XIXème siècle

Les principales lois de la génétique botanique établies par Mendel sont publiées en 1865, mais ignorées jusqu’en 1900. Les connaissances sur la reproduction sexuée sont restreintes. L’hybrideur doit donc faire preuve d’un sens aigu de l’observation, d’une patience remarquable, et de beaucoup d’intuition pour repérer les potentiels à exploiter.

Voici, par exemple, la recette de l’époque pour obtenir un lilas double : féconder les fleurs d’une variété bien choisie avec le pollen d’une trentaine d’autres, également bien choisies (1870). Semer les graines fertiles obtenues. Bien soigner les plantules… jusqu’à leur floraison (1876). Notons qu’à cette époque les obtentions n’étaient pas protégées…

Le notable de Nancy

Quelques distinctions remarquables :

1855 Médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris.

1871 Conseiller municipal de Nancy.

1877 Un des fondateurs de la SCHN (Société Centrale d’Horticulture de Nancy).

1878 Médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris.

1885 Chevalier de la Légion d’Honneur.

1895 Premier français décoré par la Royal Horticultural Society de Londres.

1901 Membre honoraire de la SNHF (Société Nationale d’Horticulture de France).

1911 Premier français à être décoré de la Médaille d’honneur G.R. White, de la Massachussetts’s

Horticultural Society.

 

Pérennité de son oeuvre

La tradition familiale s’est poursuivie avec son fils Emile et son petit-fils Henri, jusqu’en 1968. Son amitié avec les artistes lorrains, en particulier Emile Gallé, fait que ses créations ont été immortalisées dans les œuvres de ce dernier.

Après une longue période d’oubli, quelques collectionneurs et pépiniéristes s’attachent aujourd'hui à retrouver et à conserver ce patrimoine végétal inestimable. En particulier, le Jardin botanique de Nancy, que nous visiterons en mai, reconstitue les collections de la famille Lemoine sous l’impulsion de passionnés. Ceux qui voudront aller plus loin que ce rapide survol, suivront avec profit la conférence de J.-F. Gonot, responsable de la section "Horticulture de Lorraine" au Jardin botanique de Nancy, lors de l’Assemblée Générale de la S.H.Y. du 6 mars 2011.

Nous espérons vous avoir donné envie de planter prochainement l’une de ses magnifiques obtentions.

Référence. - Thèse de M. François Hirtz : « Victor Lemoine, un grand nom de l’horticulture mondiale », novembre 1993.

© Anny Marsac.

L’environnement de Victor Lemoine : l'Art Nouveau et l'Ecole de Nancy... et le Jardin de l'Abiétinée de Malzéville

Cet article fait suite la conférence de Jean-François Gonot, spécialiste nancéen des cultivars Victor Lemoine, lors de l'Assemblée Générale de la S.G.Y. du 6 mars 2011, à l’exposition et au voyage à Nancy, préparés par le groupe Floriculture, à l’occasion du Centenaire du décès de Victor Lemoine (1823-1911), illustre horticulteur nancéen.
Il a pour but de replacer l’oeuvre de Victor Lemoine, dans le contexte de son époque et du formidable élan culturel de l’Ecole de Nancy, à la fin du XIXème siècle.
Le contexte historique
Dans le dernier quart du XIXème, l’installation d’une démocratie républicaine, les bouleversements scientifiques, les techniques nouvelles, vont changer radicalement la société française et donner un nouvel essor à l’industrie et donc voir émerger de nouvelles classes sociales, voir s’affirmer une bourgeoisie libérale et réformatrice.
Par ailleurs, la France vient de perdre la guerre engagée contre la Prusse et ses alliés et doit céder à l’Allemagne, deux provinces jouxtant le Rhin : l’Alsace et la Lorraine (le traité de paix de Francfort (10 mai 1871).
En 1871, dans ce contexte, Nancy devient alors la capitale de l'Est de la France. L’afflux d'Alsaciens-Mosellans fuyant l'annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne, entraîne un développement important de l'activité industrielle et économique de la ville.
En réaction aux dérives de l’industrialisation, un mouvement artistique et poétique nommé "Art nouveau" voit le jour, servant de ciment culturel à ces "optants" qui ont trouvé refuge à Nancy.
L’Art Nouveau et l’Ecole de Nancy
A la fin du XIXème siècle, l’Art Nouveau, lui-même inspiré du mouvement anglais Arts & Crafts (Arts et Artisanats) né vers 1860, se généralise à toute l’Europe. En France, l’Ecole de Nancy appartient à ce courant et en devient très vite le fer de lance : la nature est source d’inspiration, végétaux et insectes principalement, (ginkgos, ombelles, Berces du Caucase, nénuphars, chardons, cucurbitacées, …libellules, sauterelles, etc.).
Mais cette école se distingue par une réhabilitation du gothique flamboyant et du rococo ; elle réinterprète les décors floraux du Moyen-âge pour en faire le sujet majeur de ses créations et intègre aussi des thèmes orientaux, grâce à l’influence du Japonais Hokkoci Takashima, ce peintre, ingénieur et botaniste, qui séjourne à Nancy de 1885 à 1889, et fait partie des quelques 38 membres du comité directeur de l’Ecole de Nancy.
Ses fondateurs définissent l'École de Nancy comme l'alliance provinciale des industries d’art, sorte de syndicat des industriels d’art et des artistes décorateurs, pour la défense et le développement des intérêts industriels, ouvriers et commerciaux du pays, des milieux d’enseignement et culturels.
Dans l’esprit de l’époque, l’École de Nancy se veut un art total par la collaboration de tous les corps de métiers impliquant la connaissance et la maîtrise de toutes sortes de matières, matériaux et techniques complexes, ce qui a permis de faire entrer l’Art et le Beau dans les foyers. Cet élan prodigieux de créativité et de volonté d’élever le niveau de connaissances techniques, scientifiques et de culture artistique, a été impulsé par ces contemporains de Victor Lemoine dont certains sont encore des références, aujourd’hui.
Outre ceux qui ont atteint l’excellence dans les domaines du papier peint, de la typographie, de l’imprimerie, du dessin, de l’affiche publicitaire, de l’estampe ou de la photographie, de la broderie, de la tapisserie, quelques-uns ont vraiment donné ses lettres de noblesse à l’Art Nouveau, défendu par l’Ecole de Nancy. Ils ont même atteint la célébrité, en particulier Gallé et Majorelle, lors de l’exposition universelle de Paris en 1889.
Parmi eux, retenons pour mémoire, Ernest Bussière, ce statuaire et céramiste qui a créé de nombreux éléments décoratifs pour des immeubles (ferronnerie, portails), et du mobilier, (sièges, lits, commodes, vitrines, etc., s’est beaucoup investi pour soutenir de nombreuses communes dans l’installation d’établissements d’éducation.
Dominique Alexandre Godron, lui, est le botaniste, chercheur à l’Ecole forestière de Nancy, créateur de l’oeillet dit « de godron » qui a travaillé avec le célèbre Emile Gallé.
Emile Gallé est un industriel aux multiples compétences : il s’intéresse à l’horticulture, fréquente l’école forestière de Nancy, publie des articles scientifiques ; ses travaux sur la génétique végétale sont un premier pas vers les futures lois de Mendel. « Ma racine est au fond du bois » est sa devise, à la porte de son atelier. Mais il est surtout connu comme maître verrier, ébéniste et céramiste. Aujourd’hui, ses œuvres appartiennent au patrimoine artistique français : on peut en voir à Nancy, mais aussi à Paris, au Petit Palais.
D’autres célèbres verriers cristalliers lui ont emboîté le pas.
Les deux frères Daum ont fondé en1878, à Nancy, la Compagnie française du cristal Daum, et surtout mis en place un département artistique, dirigé par Antoine Daum. Dans le sillage d’Emile Gallé, ils formeront de grands noms de l’Art Nouveau. On peut ajouter que cette cristallerie perpétue encore aujourd’hui un savoir-faire jamais démenti : ses animaux et ses végétaux en pâte de verre colorée sont de vrais petits bijoux.
Nous terminerons par Louis Majorelle, industriel, fabricant de faïence et de mobilier. Il reprend à Nancy l’entreprise familiale à la mort de son père. Emile Gallé l’initiera à l’Art Nouveau. Vice-président de l’Ecole de Nancy dès sa fondation, il est considéré comme le leader du groupe. Il s’attache à maintenir un haut niveau de qualité dans les Arts décoratifs, chez les artisans et fabricants de cette région.
En 1898, Il confie les plans de sa maison "La Villa Majorelle" à l'architecte Henri Sauvage, cofondateur de la Société anonyme de logements hygiéniques (ensoleillement et aération des logements à bon marché) et la construction (1901-1902), à Lucien Weissenburger. Pour la décoration, il fait appel à nombreux artistes de l’Ecole de Nancy : la villa sera une des toutes premières maisons totalement de style Art Nouveau. (Sources Wikipédia.)
Un jardin privé nancéen de l'époque de Victor Lemoine. © Anne-Marie Mercy.
Le Jardin de l’Abiétinée de Malzéville, près de Nancy : nostalgie !
Cette ancienne propriété, de deux hectares, est en friche depuis 1962. L’ancienne pépinière est aujourd’hui un espace à l’ambiance « Belle au bois dormant », convoité par les urbanistes nancéens…
A sa création en 1902, le Jardin de l’Abiétinée regroupait une pépinière, un arboretum et une entreprise de création de jardins avec des fabriques de rocaillage. L’arboretum, dessiné comme un parc, comprenait notamment une collection de conifères d’arbres et d’arbustes venus des cinq continents.
L’Abiétinée a été créée par l’architecte paysagiste Victor Didier. Ce botaniste nancéen participa au rayonnement de la Société centrale d’horticulture de Nancy.
Les artistes de l’Ecole de Nancy ont poursuivi là leurs recherches sur le végétal, sur les effets des couleurs et sur des transparences. In situ, ils étudiaient les effets de la lumière sur les feuilles des différentes essences. Lorsque le marronnier aux ombres dures, l’érable à l’ombre douce et unie, puis le frêne à l’ombre légère et douce, tournent leurs houppiers vers les rayons du soleil, on est tout d’un coup en relation avec l’Art Nouveau et les essais botaniques, la
recherche du "souffle de la vie" du début de ce siècle.
Mais aujourd’hui, voir ce lieu symbolique en péril est un crève-cœur… Signer la pétition pour sa sauvegarde, c’est faire un geste pour notre patrimoine à tous !
Notre voyage à Nancy, et la visite de ce Jardin de l’Abiétinée en particulier, nous a permis de mieux comprendre l’esprit et l’importance des créateurs de l’Ecole de Nancy, très significatifs de cette fin du XIXème siècle.
© Christian Labedan.

À propos des lilas... 

Parmi les collections de Victor Lemoine, plus de 5.000 créations ont été réalisées, entre autres hydrangeas, seringats, glaïeuls, fuchsias, weigelias, deutzias, delphiniums, ceanothes, crocosmias, heucheras, primulas, phlox, sauges, chrysanthèmes... Et plus particulièrement, les lilas qui méritent une place d'honneur avec 214 cultivars.
Ce lilas, que tout le monde connaît, qui se décline en bleu, mauve, blanc, à fleurs simples ou doubles, remontant ou pas, doit sa notoriété en partie à Victor Lemoine. Les premiers hybrides sont apparus au IXème siècle. On en dénombre actuellement plus de 2.000, ce qui montre l’intérêt qu’on lui porte.
Son nom latin Syringa proviendrait d’une légende grecque : le dieu Pan chasse la nymphe Syrinx et la transforme en roseau, dont il fait sa première flûte. Son nom vernaculaire, lilas, lilak en persan, signifie bleuâtre.
Le genre Syringa appartient à la famille des Oléacées, depuis la classification de Linné. Ce genre comprend 23 espèces qui poussent dans les sous-bois de l'est de l'Europe pour Syringa vulgaris et Syringa josikea, en Asie Mineure pour Syringa emodi, les autres provenant d’Extrême-Orient, arrivés de l’Himalaya, du Yunnan, du Japon et de la Corée.
"Comte de KerChove" de Lemoine. © Jean-François Gonot.
Remarqué pour la première fois dans les jardins de Constantinople par Belon en 1548, le lilas vulgaris est rapporté et répandu dans toute l’Europe par la suite. A tort, on le croit venir d’Asie Mineure mais, en 1878, Decaisne le remarque en Transylvanie.
Au 18ème siècle, Louis XVI ne connaît que deux lilas, le blanc et le pourpre !
Il faut attendre la rencontre de Libert Daminont et Victor Lemoine, deux horticulteurs, l’un belge et l’autre nancéen pour que cette espèce se développe.
Au hasard d’un semis dans la pépinière belge, Victor Lemoine remarque un lilas sans intérêt, stérile, à petites fleurs mal formées, mais doubles. Sa corolle à fleur double l’intéresse. Ce lilas prendra le nom de Syringa vulgaris‘Azurea plena’. Il en rapporte une bouture qu’il place dans son jardin. Vingt-cinq ans plus tard, celle-ci devient unarbre de belle taille. Il décide de s’en servir comme pied mère = un porte-graines car ses fleurs n’ont pas d’étamines (organe mâle).
En 1870, aidé de sa femme, plus adroite que lui, Victor Lemoine se lance dans de nombreux croisements.
Une fois les fleurs chiffonnées et décortiquées, leur pistil reçoit le pollen d’une trentaine de variétés de lilas communs à fleurs simples et du Syringa oblata importé de Chine. C’est un travail minutieux qui demande en plus de la rigueur. Leur fils Émile les seconde souvent dans la pépinière familiale.
Pour 100 fleurs fécondées, Victor Lemoine récolte seulement 7 graines, la première année !
Puis, 30 graines, la seconde année ! Cela semble bien peu, mais : Quelle agréable surprise de voir les 3 premiers hybrides aux fleurs doubles et parfumées !!!
C’est le début d’une longue lignée de lilas doubles parfumés.
Le premier lilas blanc double apparaît en 1890 et reçoit le nom de 'Madame Lemoine'.
Avec ses 67 cultivars créés, la réputation de Victor Lemoine commence à partir des années 1900.
Les lilas sont à jamais indissociables du nom de Lemoine et de Nancy.
Pas moins de 214 variétés de lilas sortiront des pépinières Lemoine en moins de 70 ans. Nous leur devons de belles variétés à fleurs simples ('Jacques Callot', 'Gloire de Lorraine' en 1876, 'Pasteur' en 1903, 'Réaumur' en 1904, et 'Montgolfier' en 1905), mais leurs efforts portent essentiellement sur les variétés à fleurs doubles.
A l’Exposition Universelle de 1878, deux cultivars à fleurs doubles font sensation :
- Syringa hyacinthiflora plena (issu de S. oblata),
- Syringa vulgaris flore pleno.
Les célébrités du monde horticole de l'époque prêtent leur patronyme :
- 'Mme Charles Souchet' dont le mari dirigeait une forcerie de lilas à Vitry-sur-Seine,
- 'Charles Baltet', né à Troyes en 1830, auteur de nombreux livres dont 'L’art de greffer', renommé pour ses créations fruitières (pêches 'Baltet', pommes 'Transparente de Croncels').
"Godron" de Lemoine. © Jean-François Gonot.
Hors de France
Aux Etats-Unis, l’hybridation, longtemps spécialité française, intéresse l’américaine Hulda Klager qui commence ses recherches en 1905, à partir de quelques lilas rapportés principalement des pépinières Lemoine. Elle obtient des lilas vigoureux, résistants aux maladies, de couleurs bleu clair ou rose.
Un autre Américain, Havemeyer, de 1868 à 1936, après une visite des pépinières Lemoine, revient avec les meilleurs hybrides, beaucoup de conseils et la transmission d’une passion pour les lilas. Ne pouvant rivaliser avec la famille Lemoine pour l’obtention de lilas doubles, il crée des lilas simples à grandes fleurs.
En Angleterre, Isabelle Preston croise deux lilas sauvages :
- S. villosa (robuste) X S. reflexa (inflorescences denses pendantes).
L’hybride obtenu a peu de succès. Par contre, on remarque l’hybride Josiflexa 'Bellicent' à fleurs en pannicules coniques parfumées, d'environ 15 cm de long, et de couleur rose clair.
Au Hollandais Dirk Evelenne, qui travaille près des forceries situées à Aalsmeer, nous devons deux créations dignes d’attention :
- 'Sensation', fleur simple violet-lilas marginé de blanc
- 'Primrose', le seul lilas jaune crème. 
En Russie, Léonid Alekseevitch Kolesnikov collectionne, dès l'âge de 23 ans, 100 variétés Lemoine. Ses travaux portent à la fois sur l’hybridation, mais surtout un moyen de transplanter un lilas sans sacrifier la floraison suivante, à savoir entre les 14ème et 18ème jours, après floraison.
- 'Krasavitsa Moskvy' Beauté de Moscou, boutons perles roses qui s’ouvrent en blanc pur ;
- 'Nadezhda' Espoir bouquet bleu lilas, au parfum extraordinaire.
En France, les pépinières Minier relèvent le défi en commercialisant les lilas suivants :
- 'Princesse Sturdza', à grandes fleurs simples ;
- 'Comtesse d’Harcourt', aux fleurs blanches très parfumées ;
- 'Prince Wolkonski', à fleurs doubles rouge pourpre.
Les lilas apprécient le plein soleil, le climat continental aux saisons bien marquées, les sols pauvres et calcaires.
Le Jardin Botanique de Nancy réunit une grande partie des obtentions Lemoine.
Les informations de ce texte ont été recueillies dans des ouvrages du Centre de documentation de la SHY, en particulier des revues (Jardins de France, Hommes et Plantes, etc.), consultables dans notre local au 1, rue Marie-Noël, à Auxerre, et dans la thèse de J.F. Hirtz sur Victor Lemoine.
© Micheline Dumont.

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