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Olivier DARASSE
19 juin 2026
Visite du potager d’Olivier Darasse, le 06/06/2026

Visite du potager d’Olivier Darasse, le 06/06/2026

Organisée par la Société d’Horticulture de l’Yonne (SHY) Samedi 6 juin 2026 – 16 rue Hubert Fabureau, 89000 Auxerre 15 participants

1. Introduction et contexte

Le samedi 6 juin 2026, la Société d’Horticulture de l’Yonne (SHY) a organisé une visite du potager d’Olivier Darasse, situé au 16 rue Hubert Fabureau à Auxerre. Cette visite a réuni 15 participants autour d’un projet inspirant : un potager conduit selon les principes de la permaculture, avec une approche sol vivant et une gestion raisonnée des ressources.

Ce compte rendu synthétise les techniques employées, les résultats obtenus, ainsi que les défis rencontrés par Olivier dans la gestion de son potager. Il met en lumière une démarche écologique, peu intrusive pour le sol, et axée sur la biodiversité et la résilience du système.

2. Présentation du potager

2.1. Historique et aménagement

Le potager d’Olivier a démarré en 2021 dans le cadre d’un projet de jardins partagés. Dès le départ, il a été conçu selon les principes de la permaculture, avec une organisation optimisée pour faciliter la culture et la circulation.

  • Surface totale : Environ 100 m², répartis en 2 parcelles (A et B) d’environ 50 m² chacune.
  • Aménagement

◦17 planches de culture numérotées (A1 à A9 pour la parcelle A, B1 à B8 pour la parcelle B).

◦ Largeur des planches : 120 cm, pour une accessibilité optimale sans piétiner la terre.

◦ Passe-pieds : 40 cm de large, recouverts de BRF (Bois Raméal Fragmenté) pour limiter l’enherbement et favoriser la décomposition lente.

◦ Allées de circulation : Conçues pour éviter toute compression du sol sur les zones cultivées.

  • Utilisation des planches :

◦ Majoritairement dédiées aux légumes, mais certaines accueillent aussi des fleurs (jonquilles, tulipes) pour l’agrément et la biodiversité.

Remarque : Un plan détaillé du potager a été présenté aux participants, illustrant la répartition des cultures et des allées.

3. Les techniques de maraîchage sol vivant

Olivier applique une philosophie de non-travail du sol, inspirée des principes du maraîchage sol vivant (MSV). L’objectif : préserver la structure du sol, stimuler la vie microbienne et limiter les intrants externes.

Olivier explique les principes du potager

un public attentif

3.1. Principes clés

• Pas de labour ni de bêchage : Le sol n’est jamais retourné, afin de ne pas perturber les écosystèmes souterrains (vers de terre, champignons mycorhiziens, etc.).

• Utilisation de la grelinette : Outil privilégié pour décompacter le sol en surface et désherber sans le retourner.

• Interdiction de marcher sur les planches : Pour éviter le tassement du sol, qui asphyxie les racines et réduit l’infiltration de l’eau.

• Sol toujours couvert :

◦ Paillage permanent (tonte de gazon, paille, foin) pour :

▪ Limiter l’évaporation de l’eau.

▪ Protéger le sol des intempéries (pluie, soleil).

▪ Nourrir progressivement le sol via la décomposition de la matière organique.

◦ Engrais verts : Semés en rotation pour enrichir le sol en azote et en biomasse.

• Aucun traitement chimique : Le potager est conduit en zéro intrant synthétique, avec une tolérance élevée pour les adventices (mauvaises herbes), gérées manuellement ou par compétition avec les cultures.

la paille est utilisée pour couvrir les planches

les bâches conservent humidité et chaleur et préservent la vie du sol

3.2. Rotation des cultures

Chaque hiver, Olivier établit un plan de rotation pour les planches, en respectant les successions de familles de plantes (ex : ne pas planter deux années de suite des solanacées comme les tomates au même endroit). Cette pratique permet de :

• Limiter les maladies (ex : mildiou).

• Équilibrer les besoins nutritionnels du sol.

• Optimiser l’espace et la productivité.

Exemple : Une planche ayant accueilli des tomates (famille des solanacées) sera suivie l’année suivante par des légumes-feuilles (ex : salades, épinards) ou des légumineuses (ex : haricots, pois).

4. Focus sur les engrais verts

Les engrais verts jouent un rôle central dans la fertilité du sol. Olivier utilise des mélanges adaptés aux saisons pour maximiser leurs bénéfices.

engrais vert

4.1. Mélange d’automne (semé le 30/09/2025)

• Composition :

◦ Féverole (fabacée) : Fixe l’azote atmosphérique grâce à ses nodosités racinaires.

◦ Vesce (fabacée) : Autre légumineuse, apportant de l’azote, complémentaire à la féverole.

◦ Seigle (graminée) : Décompacte le sol en profondeur grâce à son système racinaire puissant.

• Localisation : Semé sur les planches A6 et B8.

• Gestion :

◦ Broyage réalisé le 1er juin 2026, au pic de biomasse (idéalement il aurait fallu la broyer avant la montée en graines).

◦ Couverture par une bâche plastique jusqu’en août 2026 pour :

▪ Conserver l’humidité du sol.

▪ Bloquer la lumière et éviter la repousse des adventices.

▪ Stimuler l’activité biologique (décomposition accélérée de la matière organique).

▪ Protéger des prédateurs (oiseaux, rongeurs).

Observation : Sous la bâche, Olivier a noté la présence de bébés rats taupiers, signe d’un sol vivant et riche en faune.

5. Les passe-pieds : un élément clé

Les passe-pieds (allées entre les planches) sont recouverts de BRF (Bois Raméal Fragmenté), une technique aux multiples avantages :

• Limitation de l’enherbement : Le BRF forme une barrière physique contre les mauvaises herbes.

• Décomposition lente : Le BRF met environ un an à se décomposer, libérant progressivement des nutriments (notamment du carbone).

• Développement des mycéliums : Les champignons (dont les mycorhizes) dégradent la lignine du bois, améliorant la structure du sol.

Précaution : Olivier souligne l’importance de ne pas mettre de BRF directement sur les planches de culture, car cela pourrait provoquer une carence en azote pour les légumes (faim d’azote).

les champignons dans le BRF

6. Bilan : les plus et les moins

6.1. Les succès (les « plus »)

• Réduction du travail physique :

◦ Moins de fatigue grâce à l’absence de bêchage et à l’utilisation de la grelinette.

◦ Gain de temps : Le sol couvert limite les besoins en désherbage et en arrosage.

• Amélioration visible du sol :

◦ Structure : À l’origine argileuse et compacte, le sol est devenu grumeleux et aéré après quelques années de pratique.

◦ Couleur : Les planches sont désormais sombres, signe d’un sol riche en matière organique.

◦ Faune du sol : Explosion de la biodiversité :

▪ Vers de terre en grand nombre.

▪ Arthropodes et mille-pattes abondants.

▪ Présence de rats taupiers (signe d’un écosystème équilibré).

• Esthétique et diversité :

◦ Le potager est agréable à parcourir, avec une variété de légumes et de fleurs.

◦ Intérêt visuel renforcé par les planches bien délimitées et les allées propres.

tulipes au printemps pour le coup d’œil

jardin au 1-3-26

• Résilience aux ravageurs :

◦ Diminution drastique des limaces : Après une forte pression les premières années (due à la paille), un équilibre naturel s’est installé (présence de prédateurs naturels).

6.2. Les défis (les « moins »)

• Pression des limaces :

◦ Problème initial : Les limaces étaient très présentes les premières années, attirées par la paille humide.

◦ Solution naturelle : Leur population a diminué spontanément après 2 ans, probablement grâce à l’installation de prédateurs (carabes, hérissons, etc.).

• Perte de semis :

◦ Merles : Ces oiseaux fouillent les planches à la recherche de vers de terre, déterrant au passage les graines fraîchement semées.

◦ Solutions envisagées :

▪ Filets de protection temporaires.

▪ Semis en pépinière avant repiquage.

• Dosage des apports organiques :

◦ Difficulté à estimer les besoins des plantes en matière organique fraîche (ex : tonte de gazon, fumier).

◦ Conséquence : Certaines planches montrent des légumes moins vigoureux que ceux des voisins potagistes.

◦ Facteurs aggravants :

▪ Arrosage irrégulier : Le potager est délaissé 1,5 mois en été (période de vacances).

▪ Concurrence avec les adventices : En l’absence d’arrosage systématique, les mauvaises herbes peuvent prendre le dessus sur les cultures.

• Risque de faim d’azote :

◦ Excès de BRF ou de paillage carboné (ex : paille) peut bloquer l’azote disponible pour les plantes.

◦ Solution : Équilibrer les apports (mélanger matières carbonées et azotées, ex : tonte + fumier).

7. Conclusion et perspectives

La visite du potager d’Olivier a permis de démontrer concrètement les bénéfices du maraîchage sol vivant :

• Un sol en bonne santé, riche en vie et en matière organique.

• Une méthode peu exigeante en travail physique, adaptée aux jardiniers soucieux de leur dos et de leur temps.

• Une approche écologique, respectueuse des écosystèmes et des cycles naturels.

Cependant, cette méthode demande de la patience et de l’observation pour :

• Ajuster les apports organiques en fonction des besoins des cultures.

• Gérer les aléas (ravageurs, climat) sans recourir à des solutions chimiques.

• Accepter une certaine imperfection (pertes de semis, adventices) en échange d’un système autonome et résilient.

Pistes d’amélioration suggérées par les participants

• Tester des associations de plantes pour repousser naturellement les merles (ex : plantes répulsives comme la lavande).

• Expérimenter des paillages plus azotés (ex : tonte de légumineuses) pour éviter les carences et améliorer la disponibilité des nutriments.

© Texte Olivier Darasse, photos Yvette Jamonneau, Jean-Pierre Wilzius

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